Projets

Objets de science — objets de collection : concevoir et examiner le patrimoine scientifique québécois à travers les collections muséales et d’enseignement (18e-20e siècles)

Projet subventionné par le FRQSC, relève professorale, 2021-2024.

L’histoire des sciences au Québec a reçu bon nombre d’analyses, générales comme particulières, au cours des dernières décennies. De la flore étudiée par Jacques-Philippe Cornuti à l’époque de la Nouvelle-France, en passant par le développement des sciences naturelles au 19e siècle, au passage d’Ernest Rutherford à l’Université McGill, prix Nobel de chimie en 1908, au premier accélérateur de particules à l’Université de Montréal après la Seconde Guerre mondiale et à l’histoire de la médecine, les études de cas pertinentes ne manquent pas. Ce qui fait défaut, en revanche, est un examen fouillé des collections scientifiques, l’étude de la culture matérielle des sciences, qui se trouve trop souvent négligée par l’utilisation massive des supports papier (livres, archives, etc.). De cette vision parcellaire de notre patrimoine scientifique ressort une connaissance incomplète de notre histoire scientifique. Il faut, en effet, étudier « l’ordre matériel du savoir » pour bien identifier les pratiques intellectuelles, techniques et culturelles de la production du savoir scientifique. C’est dans le souhait de combler cette lacune qu’est formulé mon projet, dans cette volonté d’aborder tout le potentiel épistémologique des collections d’objets scientifiques, et plus particulièrement celles rassemblées aujourd’hui dans les musées et les établissements d’enseignement québécois.

En effet, la plupart des séminaires, maisons d’enseignement principales pour l’élite canadienne-française, se dotent à partir du 19e siècle de telles collections scientifiques. Certaines de celles-ci forment la pierre d’assise de musées actuels, à l’instar du Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, dont l’origine remonte au Séminaire de Sherbrooke, et du Musée québécois de l’agriculture et de l’alimentation, dont une partie de la collection est issue du Séminaire de Sainte-Anne-de-La-Pocatière. Les musées et les établissements d’enseignement québécois regorgent d’objets et d’artefacts qui se classent dans la catégorie du patrimoine scientifique. Ces collections sont riches, voire fondamentales, mais trop souvent méconnues et peu documentées. Que nous disent-elles du développement des sciences au Québec ? Comment peuvent-elles nous renseigner sur l’enseignement et la diffusion des sciences sur une longue durée, c’est-à-dire entre les époques de la Nouvelle-France et de la Révolution tranquille ? À quoi servent-elles dans les musées et les établissements d’enseignement si elles n’y sont pas exploitées à leur juste valeur ? Notons que dès sa fondation en 1852, l’Université Laval ne compte pas moins de 8 musées voués en grande partie à l’enseignement et à la recherche. Botanique, entomologie, géologie, médecine, physique, beaux-arts et numismatique se côtoient pour favoriser un enseignement scientifique moderne, autant tiré des objets que des livres. Ces collections, développées en grande partie au Séminaire de Québec, qui accumulent de tels artefacts depuis sa fondation en 1663, permettent de jeter un regard neuf sur l’environnement pédagogique et de recherche d’une institution naissante. Or, on connaît encore peu ces collections. Le cabinet de physique, certes le plus important de la province jusqu’aux années 1930, et maintenant déposé au Musée de la civilisation du Québec (MCQ), a fait l’étude d’une thèse de doctorat. La collection entomologique de l’abbé Léon Provancher, une collection patrimoniale aussi importante pour son caractère historique que scientifique (comportant plus de 1000 spécimens types), a reçu une attention particulière de la part de quelques chercheurs. Et pourtant, ces 8 musées de l’Université Laval étaient parmi les fleurons de la culture muséale québécoise au début du 20e siècle. Ils serviront même de modèle au premier grand musée national, le Musée de la province (aujourd’hui Musée national des beaux-arts du Québec), dont l’ouverture à Québec en 1933 démontre l’influence précoce et cruciale du Séminaire de Québec et de l’Université Laval sur la préservation et la diffusion de la culture québécoise.

Les géosciences, une discipline terre à terre

Projet subventionné par Musée virtuel du Canada, 2020-2023. Codemandeur: Olivier Rabeau, UL

Le Musée de géologie René-Bureau (MGRB) de l’Université Laval gère une collection de quelque 40 000 spécimens. Comme plusieurs autres collections universitaires au pays, quoique visitées par de nombreux groupes scolaires de tous niveaux, leur richesse patrimoniale et scientifique reste méconnue et souvent peu accessible au grand public. 

Le projet d’exposition virtuelle proposé vise à:

  • transmettre et à valoriser une culture scientifique centrée sur les géosciences en permettant un accès à une collection renfermant des spécimens de très grande qualité.
  • intégrer les spécimens géologiques choisis à des notions théoriques et pratiques concrètes sur les grands processus physiques de la planète, sur les ressources naturelles, l’évolution de la vie et sur la gestion du territoire.
  • mettre de l’avant l’impact et l’importance des géosciences dans notre quotidien.
  • utiliser une démarche d’investigation afin d’enrichir la matière touchant les géosciences apprises en classe par les adolescents canadiens.
     

Pour une nouvelle gouvernance des musées: défis et perspectives

Projet subventionné par le CRSH (programme Savoir), 2019-2022. Codemandeurs: Laurier Turgeon, Habib Saidi, Yves Bergeron, Jean-François Gauvin.

Ce programme de recherche vise à développer les connaissances sur la gouvernance des musées, devenue aujourd'hui un enjeu majeur aussi bien dans les recherches scientifiques que dans les politiques culturelles et patrimoniales. Les musées représentent une des principales institutions culturelles du monde occidental ; leur nombre ne cesse de croître et leur fréquentation est en constante augmentation. Ils vivent des transformations structurales importantes caractérisées par la nécessité de revenus autonomes, la diversification des modalités d'accès au musée, l'approche touristique de la visite, la prédominance du numérique dans la mise en exposition et dans la communication avec les visiteurs. À cette liste déjà longue s'ajoute la tendance forte des chercheurs et des visiteurs à remettre en cause le pouvoir de l'État et des organisations internationales dans la gestion du patrimoine afin de favoriser plutôt des modes de gestion communautaires et participatifs où le musée sert de « zone de contact » entre les différents acteurs, porteurs et récepteurs de ce patrimoine. Ce projet permettra de repenser la gouvernance des musées pour l'adapter aux réalités et aux préoccupations du 21e siècle.