L'univers des médias sous la loupe

L'univers des médias sous la loupe

11 janvier 2016

Le livre Concentration des médias, changements technologiques et pluralisme de l'information aborde ces trois thèmes sous plusieurs angles

Par Matthieu Dessureault, Le Fil La stratégie de convergence de Québecor a fait couler beaucoup d'encre. Certains s'inquiètent de la centralisation des différentes filiales de l'entreprise, dont le Groupe TVA, l'Agence QMI et la Corporation Sun Media. Arnaud Anciaux, professeur au Département d'information et de communication, rappelle toutefois que Québecor n'est pas le seul groupe médiatique à faire de la convergence. «Il a le monopole du mot «convergence», peut-être, mais pas celui du discours derrière ce mot. Ce qu'il fait, on le retrouve ailleurs avec d'autres mots, d'autres stratégies ou d'autres priorités. Radio-Canada, par exemple, mise sur une approche d'«intégration», mais derrière ce mot se trouvent des stratégies similaires à la convergence. Les activités de Québecor s'inscrivent dans un cadre stratégique et discursif partagé par d'autres acteurs», a-t-il dit, en marge du lancement du livre Concentration des médias, changements technologiques et pluralisme de l'information.

Publié aux Presses de l'Université Laval, cet ouvrage réunit les écrits d'une dizaine de chercheurs, qui abordent, chacun à leur façon, la notion de pluralisme de l'information. Outre la convergence, ce thème englobe plusieurs facettes, dont l'indépendance des médias et la diversité des sources d'information. Des études de cas du Québec et d'ailleurs sont présentées par ces experts issus de différents établissements d'enseignement et de recherche.

Henri Assogba, lui aussi professeur au Département d'information et de communication, propose un regard sur la situation du journalisme au Bénin. Ce pays présente un paysage médiatique extrêmement riche. Seulement à Cotonou, sa capitale économique, on ne compte plus le nombre de quotidiens. Bien que le pays jouisse d'une relative bonne réputation avec une presse foisonnante, la situation est loin d'être parfaite. «Ce n'est pas parce qu'il y a foisonnement qu'il y a pluralité. Quand vous avez lu deux quotidiens, vous avez fait le tour de la question, puisque ce sont les mêmes informations qui sont publiées d'un journal à l'autre», remarque cet ancien journaliste.

Il s'inquiète par ailleurs de ce qu'il nomme la «contractualisation de l'information», un phénomène qui vient brimer l'indépendance de la presse. «Les pouvoirs, qu'ils soient politiques ou financiers, proposent des partenariats de promotion aux médias ayant de fortes audiences. Les médias qui acceptent ne s'en vantent pas, donc le public ignore l'existence de ces contrats. Même les journalistes qui travaillent au sein de la rédaction ne sont pas toujours au courant!»

Le lancement du livre, qui avait lieu le 15 décembre au pavillon Louis-Jacques-Casault, était coanimé par Florian Sauvageau, président du Centre d'études sur les médias, et Éric George, directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l'information et la société, qui a dirigé l'ouvrage. Les deux chercheurs ont contextualisé la création du livre et parlé notamment de l'évolution des médias québécois à travers les années.